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Mécénat nouveau genre
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Osgoode Hall LLM


Mécénat nouveau genre


Les facultés de droit du pays sollicitent la générosité des grands cabinets juridiques.

La réduction, au début des années 90, du financement de la formation postsecondaire par les gouvernements a forcé les facultés de droit du pays à faire preuve de créativité pour rester concurrentielles. Certaines se tournent aujourd'hui vers les grands cabinets juridiques pour compenser leur manque à gagner et même, dans certains cas, pour se lancer sur de toutes
nouvelles avenues.

L'Université de Toronto, la plus active sur ce front, s'enorgueillit des fonds importants qu'elle a réussi à obtenir de grands cabinets comme McCarthy Tétrault, Fasken Martineau, Osler Hoskin & Harcourt, Miller Thomson, etc. Grâce à ces généreux donateurs (et à l'augmentation substantielle de ses frais de scolarité), elle offre à ses étudiants des installations à la fine pointe de la technologie, des séminaires pratiquement chaque semaine menés par des chercheurs de calibre international et 16 chaires spécialisées. « Depuis la construction de la bibliothèque de droit Bora-Laskin, il y a 14 ans, les cabinets juridiques n'ont cessé de jouer un rôle important dans la vie de notre faculté », explique le doyen, Ron Daniels. Il rappelle qu'à l'époque, la campagne de financement avait permis d'amasser deux millions de dollars. Aujourd'hui, c'est vingt fois plus.

« Aurions-nous pu imaginer, il y a 10 ans, que ce pays compterait bientôt plusieurs chaires valant des millions? Non, c'est un changement saisissant. L'aide et le soutien que nous avons obtenus en disent long sur la vision et l'engagement des cabinets juridiques canadiens », dit le doyen Daniels.

À l'Université York de Toronto, la faculté de droit Osgoode Hall, trois salles de classe "branchées" d'une valeur de 750 000 $ affichent clairement le nom de leurs bienfaiteurs : Goodmans, McCarthy Tétrault et Fasken Martineau. Le doyen, Peter Hogg reconnaît l'importance de ces largesses pour sa faculté. « Nous ne pouvons faire de telles rénovations sans ces dons car elles sont trop coûteuses. Sans l'argent, elles n'auraient tout simplement pas eu lieu. »

L'habitude de supporter financièrement son alma mater ‹ bien établie aux États-Unis parce que les études y sont beaucoup plus coûteuses et qu'on y attend moins des gouvernements ‹ , n'en est qu'à ses balbutiements ici. Jusqu'à tout récemment, les cabinets constituaient encore une ressource inexploitée et les mentalités ne changent pas du jour au lendemain. Pour des motifs culturels et historiques, l'effort de collecte de fonds est plus ardu dans les universités francophones. Paule Ouimet-Scott, conseillère en développement à la Faculté de droit de l'Université de Montréal, admet qu'un rattrapage s'impose si elles espèrent pouvoir afficher un jour le même succès que les universités torontoises.

La modération a bien meilleur coût

Toutefois, tout le monde ne déborde pas d'enthousiasme à l'idée d'un financement de la formation en droit par le secteur privé. Ainsi, la professeure Denise Réaume craint l'influence pas toujours subtile qu'a le système de valeurs promu par les donateurs. Elle note un éloignement progressif des intérêts et des buts qu'ont les étudiants quand ils entrent à la faculté. « Même s'il ne s'agit pas d'une totale abdication de nos priorités, dit-elle, il s'agit certainement d'une distorsion. Et cela a un effet cumulatif. »

Force est d'admettre que les chaires commanditées par les cabinets mettent l'accent sur certains secteurs au détriment des autres. Il ne semble pas y avoir de chaire du droit de la pauvreté au pays...
Le doyen Daniels rejette cette interprétation et assure qu'il s'agit de pure philanthropie.

Mais qu'ont à gagner les grands cabinets en faisant montre de tant de générosité? Il s'agit pour eux d'une belle occasion de mettre en valeur leur nom auprès de futurs candidats à la profession. « En donnant, ils reconnaissent qu'ils sont en fin de compte les bénéficiaires de l'excellente formation en droit en Ontario », dit le doyen Hogg. Mais il convient que l'aspect marketing doit rester discret et de bon goût afin de ne pas transformer la faculté en vaste agence de recrutement.

Le président de l'Association des étudiants en droit à U of T, Benjamin Shinewald, ne voit dans les largesses des cabinets qu'un effort de marketing supplémentaire qui s'ajoute aux activités commanditées et à la manne d'articles promotionnels dont profitent depuis déjà longtemps les étudiants.
« Je crois que les cabinets ont un objectif en tête en faisant cela. Mais il n'y a rien d'hypocrite là- dedans. »

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