Remise de la chaîne de fonction

  • 27 septembre 2018

NOTES D’ALLOCUTION

RAY ADLINGTON
Remise de la chaîne de fonction
HALIFAX, 27 SEPTEMBRE 2018

J’occupe le poste de prĂ©sident depuis près d’un mois, mais la rĂ©alitĂ© ne frappe pas avant d’avoir Ă  porter cette dĂ©coration. Lorsqu’on mentionne le « poids de la fonction », je suis convaincu qu’on fait allusion Ă  cette chaĂ®ne.

Si vous m’aviez dit il y a deux ans que je serais prĂ©sident de l’ABC, j’aurais peut-ĂŞtre pensĂ© que vous rĂŞviez en couleurs. Je suis membre de l’ABC depuis 21 ans. J’ai prĂ©sidĂ© la section de droit fiscal provincial il y a plus d’une dĂ©cennie. Mais, mĂŞme si j’ai siĂ©gĂ© au comitĂ© national mixte sur la fiscalitĂ© et si j’ai donnĂ© des exposĂ©s dans le cadre de certains Ă©vĂ©nements de l’ABC, je n’ai jamais Ă©tĂ© l’image du membre engagĂ©, l’un de ces quelque mille bĂ©nĂ©voles auxquels se fie l’Association pour mener Ă  bien son travail.

C’est tout Ă  fait surrĂ©el pour moi d’ĂŞtre debout devant vous aujourd’hui, ma famille, mes amis, mes confrères et consĹ“urs membres de l’ABC, Ă  vous adresser la parole, chaĂ®ne de fonction au cou, Ă©tant donnĂ© lĂ  oĂą je me trouvais il y a deux ans.  Ă€ l’automne 2016, j’avais atteint le fond du baril. Je me rĂ©tablissais d’une chirurgie Ă  cĹ“ur ouvert pour rĂ©parer un anĂ©vrisme de l’aorte et je me promenais encore avec mon oreiller de la Fondation des maladies du cĹ“ur pour soulager la douleur de mes toux, de mes Ă©ternuements et mĂŞme de mes quintes de rire.  Je souffrais d’une dĂ©pression, un effet secondaire commun des pontages, qui me clouait Ă  mon fauteuil, mon divan et mes lits.  Je pouvais Ă  peine contempler l’idĂ©e de prendre une douche et me demandais souvent, pendant que je fixais la tĂ©lĂ©vision, si c’Ă©tait ainsi que j’allais passer le restant de mes jours.

Je suis chanceux que ma conjointe, April, a su reconnaĂ®tre les signes et a pu m’aider Ă  recevoir les soins qu’il me fallait, tant par la thĂ©rapie que par les mĂ©dicaments. Mon retour au travail reprĂ©sentait tout de mĂŞme un dĂ©fi mental quotidien parce que je n’avais pas encore trouvĂ© un grand but pour remplacer celui qui m’animait avant l’intervention.

Puis, j’ai dĂ©cidĂ© de me lancer tĂŞte première dans l’aventure de l’ABC, ce qui fait un peu de moi un original. Je suis passĂ© de membre indiffĂ©rent Ă  membre du conseil d’administration. Trois mois plus tard, j’ai poursuivi mon incursion en prĂ©sentant ma candidature Ă  la vice-prĂ©sidence. J’ai trouvĂ© un but – aider Ă  amĂ©liorer la profession pour mes filles.  Au cours de la dernière annĂ©e et demie, avec l’aide de gens comme Kerry, RenĂ© Basque, Cheryl Farrow, Tina Tucker et de nombreux autres que je ne nommerai pas, j’ai pu retrouver mes marques tout en forgeant plusieurs belles amitiĂ©s.

Je me suis vite rendu compte que la courbe d’apprentissage Ă©tait prononcĂ©e. C’Ă©tait comme suivre un cours d’immersion pour apprendre une nouvelle langue alors que la langue elle-mĂŞme Ă©volue rapidement.

En tant que membre du conseil d’administration qui a mis en Ĺ“uvre la nouvelle structure de gouvernance et qui a dĂ» prendre des dĂ©cisions difficiles quant au budget de l’Association, j’ai directement eu connaissance des dĂ©fis auxquels Ă©tait confrontĂ©e l’Association, mais aussi des possibilitĂ©s qui s’ouvraient Ă  elle. Je prĂ©vois faire avancer ce processus tout au long de mon mandat, en mettant l’accent sur le renforcement de la valeur et de la satisfaction pour les membres – deux des grandes prioritĂ©s du CA dans son ensemble.

Comme vous le savez, nous avons organisĂ© au cours de la dernière annĂ©e des sondages trimestriels Ă  l’intention des membres. Ă€ l’heure actuelle, nous avons communiquĂ© avec tous les membres pour qu’ils participent Ă  deux sondages. Nous leur avons posĂ© des questions sur ce qu’ils valorisent au sein de l’Association, sur les causes qu’ils voulaient que l’ABC dĂ©fende et sur la façon dont ils aiment recevoir des actualitĂ©s. Les courtes rĂ©ponses Ă  ces trois questions sont les suivantes : promotions des droits et perfectionnement professionnel... accès Ă  la justice... et envoi de nouvelles par courriel, mais aussi moins de courriels.

Cette annĂ©e, s’inspirant de ces sondages, le conseil a choisi deux prioritĂ©s globales en matière de reprĂ©sentation : l’accès Ă  la justice et le privilège du secret professionnel des juristes. Nous collaborerons avec les membres Ă  l’Ă©laboration de plans d’action visant Ă  faire avancer ces deux enjeux et nous dĂ©terminerons les questions Ă  aborder relativement Ă  ces prioritĂ©s importantes. Par exemple, en ce qui a trait Ă  l’accès Ă  la justice, nous pouvons envisager de fournir des ressources adĂ©quates aux tribunaux, notamment en pourvoyant les postes vacants au sein de la magistrature et en amĂ©liorant la convivialitĂ© technologique des tribunaux. Nous avons par le passĂ© prĂ©sentĂ© des mĂ©moires sur les manières de simplifier les processus des tribunaux (par exemple, les tribunaux unifiĂ©s de la famille). Nous pourrions poursuivre notre travail dans ce sens.

En ce qui concerne le privilège du secret professionnel de l’avocat, une affaire d’intĂ©rĂŞt commun pour laquelle nous sommes intervenus l’automne passĂ© Ă  la Cour d’appel fĂ©dĂ©rale, l’affaire IGGillis Holdings, cherche Ă  obtenir une autorisation d’appel auprès de la Cour suprĂŞme. Il est probable que nous intervenions si une autorisation est octroyĂ©e. Nous avons Ă©galement dĂ©posĂ© des mĂ©moires sur le droit relatif au respect de la vie privĂ©e Ă  l’Ă©chelle provinciale et fĂ©dĂ©rale, mettant en Ă©vidence la nĂ©cessitĂ© de lĂ©gislation qui protège adĂ©quatement ce privilège.

Il est Ă©galement attendu des prĂ©sidents et prĂ©sidentes de l’ABC qu’ils Ă©tablissent leurs propres prioritĂ©s pour l’annĂ©e. J’ai dĂ©jĂ  mentionnĂ© Ă  plusieurs d’entre vous que j’ai deux filles qui prĂ©voient de faire leurs premiers pas dans la profession juridique. Ă€ l’instar de tout père protecteur, je tiens Ă  m’assurer qu’il s’agit d’un milieu oĂą elles pourront grandir, s’Ă©panouir et s’accomplir. Pour elles, d’une part, mais aussi parce que c’est la bonne chose Ă  faire, j’aimerais profiter de cette annĂ©e pour soutenir la diversitĂ© et l’inclusivitĂ©, car sans inclusivitĂ©, la diversitĂ© n’est que l’ombre d’un noble idĂ©al. Comme l’a un jour dit Barack Obama, ignorer l’inclusivitĂ© c’est lancer de la poudre aux yeux.

La diversitĂ© et l’inclusivitĂ© ne devraient pas seulement se limiter Ă  mes filles et Ă  vos filles, ni seulement aux personnes ayant diffĂ©rentes orientations sexuelles ou faisant partie de la riche mosaĂŻque ethnoculturelle et socioĂ©conomique que l’on retrouve au Canada, mĂŞme si toutes ont une place importante. Lorsque je parle d’inclusivitĂ©, je fais aussi allusion au fait de trouver un terrain d’entente pour comprendre et accommoder des gens aux aptitudes diffĂ©rentes. Pour faire en sorte qu’il soit aussi facile et frĂ©quent d’entretenir des conversations sur la santĂ© mentale que sur la grippe qui envahit nos bureaux tous les hivers. L’ABC dĂ©fend les intĂ©rĂŞts des juristes, mais je suis d’avis qu’elle doit aussi promouvoir des milieux oĂą il est sain de travailler en tenant compte de la santĂ© mentale.

Croyez-moi, je sais Ă  quoi cela peut ressembler pour vous – entendre un homme blanc cisgenre d’un certain âge affirmer vouloir rĂ©soudre cette annĂ©e le problème de la diversitĂ© et de l’inclusivitĂ©. Je n’ai pas la prĂ©tention de « mecspliquer » une solution, car je n’en ai pas une. Par contre, le thème m’intĂ©resse. Pas seulement pour mes filles, mais aussi pour moi.

Je suis le fils de militaires et j’ai souvent ressenti la douleur de l’exclusion, chaque fois que mes parents se faisaient transfĂ©rer Ă  un nouveau poste. S’ajoutait au statut du « petit nouveau » le fait que prĂ©fĂ©rait le Cube Rubik Ă  la carabine, les ordinateurs aux voitures, les livres au basketball, le Coca-Cola au cafĂ© et les Ă©checs Ă  absolument tout. Il ne s’agit pas de la mĂŞme douleur ressentie par une personne exclue en raison de son identitĂ© de genre, de sa sexualitĂ©, de la couleur de sa peau ou de sa religion, mais il s’agit quand mĂŞme d’un sentiment d’exclusion se fondant sur quelque chose qui Ă©tait hors de mon contrĂ´le, Ă  une Ă©poque dĂ©licate de ma vie. J’ai Ă©galement fait rĂ©fĂ©rence Ă  mes propres problèmes de santĂ© mentale, problèmes auxquels je suis toujours confrontĂ© deux ans plus tard. Cependant, je vis et j’apprends, et plus je parle Ă  des gens aux antĂ©cĂ©dents diffĂ©rents des miens, plus j’apprĂ©cie le travail qu’il reste Ă  accomplir pour rendre rĂ©ellement inclusive la profession juridique.

Tout le monde a des prĂ©jugĂ©s. J’ai pris un test d’Ă©valuation des partis pris implicites donnĂ© par l’UniversitĂ© Harvard il y a quelque temps et j’ai dĂ©couvert que je n’Ă©tais mĂŞme pas conscient de certains de mes partis pris. De fait, ce ne sont pas les prĂ©jugĂ©s qui sont le vrai problème, mais bien de ne pas reconnaĂ®tre ses propres prĂ©jugĂ©s et de ne pas tenter de les vaincre une fois qu’on en devient conscient. C’est ce que je fais en tant qu’individu, et c’est aussi ce que j’espère d’accomplir Ă  l’Ă©chelle de l’Association.

Je travaille dĂ©jĂ  avec le Forum des avocates sur son initiative de rĂ©munĂ©ration de cette annĂ©e. Vivene Salmon, la vice-prĂ©sidente, dirige le dĂ©veloppement de notre toute première confĂ©rence sur le leadership Ă  l’intention des juristes de couleur qui aura lieu au printemps. De concert avec l’Ă©quipe des communications de l’ABC, je travaille Ă  la crĂ©ation de fichiers balados s’intitulant Entretiens avec le prĂ©sident. Dans le cadre de ce projet, je m’entretiendrai avec des membres sur les expĂ©riences d’exclusion qu’ils ont vĂ©cues et sur les gestes que nous pouvons posĂ©s pour ĂŞtre plus inclusifs dans nos vies. Si vous avez des idĂ©es de mesures concrètes que nous pouvons prendre pour atteindre la diversitĂ© et l’inclusivitĂ©, je vous invite Ă  les partager avec nous.

Les donnĂ©es sont un Ă©lĂ©ment essentiel de toute initiative en matière de diversitĂ© et d’inclusivitĂ©. La cueillette de statistiques sur nos membres nos aidera Ă  avoir une meilleure comprĂ©hension des tendances qui se dessinent dans la profession et de crĂ©er des programmes appropriĂ©s. Je vous invite Ă  vous rendre sur cba.org/declaration pour faire votre dĂ©claration volontaire.

L’annĂ©e s’annonce occupĂ©e. Au niveau de la structure, l’ABC n’est plus ce qu’elle Ă©tait il y a deux ans. Il nous reste encore du travail Ă  accomplir et notre objectif d’affaires est simple : un plus grand nombre de membres et une satisfaction accrue des membres. Nous avons choisi des prioritĂ©s importantes sur lesquelles concentrer notre Ă©nergie, mais nous ne perdons pas non plus de vue la valeur et la satisfaction pour les membres. Au plaisir de travailler bientĂ´t avec vous tous cette annĂ©e. Vous ĂŞtes prĂŞts Ă  commencer?