Cérémonie d’ouverture de la rentrée judiciaire de 2019 Hong Kong

  • 14 janvier 2019

Madame la prĂ©sidente, membres du barreau, invitĂ©s d’honneur. Merci, madame Pang, de m’avoir invitĂ© Ă  m’exprimer Ă  l’occasion de cette rĂ©union mondiale de chefs de file de notre profession. C’est avec fiertĂ© que je m’adresse Ă  vous au nom de plus des 36 000 membres de l’Association du Barreau canadien.

On m’a demandĂ© d’aborder ce matin la question du rĂ´le primordial que jouent les juristes dans la sociĂ©tĂ© et de parler des possibilitĂ©s de carrière – hormis la pratique du droit – qui s’offrent aux personnes qui investissent du temps pour obtenir un diplĂ´me en droit.

Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, nous devons commencer par un principe fondamental : qu’est-ce qu’un avocat ou une avocate? Franz Kafka a un jour affirmĂ© qu’un avocat est une personne qui rĂ©dige un document de dix mille mots et qui l’appelle un sommaire. Évidemment, la profession ne se limite pas Ă  cette dĂ©finition. Un juriste est une personne qui exerce une profession consistant Ă  prĂ©parer, Ă  interprĂ©ter et Ă  mettre en application la loi, ce qui comprend l’application pratique de thĂ©ories et de connaissances juridiques abstraites dans le but de rĂ©soudre des problèmes individuels prĂ©cis.

Quelles sont les répercussions du rôle primordial que jouent les juristes dans la société? Essentiellement, je crois que nos sociétés respectives se fient à nous pour préserver, pour promouvoir et pour protéger la primauté du droit. Nous sommes les maîtres du processus. Et tout processus lié au gouvernement, au milieu des affaires ou à des interactions humaines civilisées requiert une profession juridique aux aguets qui assure leur protection.

L’Histoire dĂ©borde d’exemples de juristes qui donnent l’heure juste aux autoritĂ©s, particulièrement lorsque ces autoritĂ©s dĂ©passent les limites de ce que permet la loi. Dans les consĂ©crations des droits individuels et dans les avancĂ©es de la libertĂ© humaine, les principales personnalitĂ©s sont le plus souvent des juristes qui osent mettre en jeu aussi bien leur rĂ©putation que leur avenir dans la poursuite d’un idĂ©al. Le mois passĂ©, j’ai assistĂ© Ă  une exposition au MusĂ©e canadien pour les droits de la personne qui honorait un juriste de cette qualitĂ©, Nelson Mandela, dont la poursuite d’un idĂ©al l’a privĂ© de 27 ans de libertĂ© avant qu’il ne rĂ©apparaisse pour guider sa nation vers cet idĂ©al.

L’ancien juge en chef de la Cour suprĂŞme des États-Unis Warren Burger a Ă©crit en 1975 que les juristes sont des « guĂ©risseurs de conflits » et des « lubrifiants qui permettent Ă  diverses parties d’un ordre social de fonctionner avec le minimum de friction ». J’avoue que je ne me suis jamais considĂ©rĂ© Ă  ce jour comme un « guĂ©risseur » et certainement pas comme un « lubrifiant », mais ces termes s’appliquent selon moi respectivement Ă  point nommĂ© aux rĂ´les traditionnels d’avocat et de procureur. Peut-ĂŞtre que je pourrais me dĂ©crire comme un « lubrifiant juridique » sur la prochaine version de ma carte de visite.

Nous remplissons ces rĂ´les en rĂ©digeant des mots, et non en utilisant la force. Ce faisant, nous prĂ©servons, nous promouvons et nous protĂ©geons l’idĂ©al selon lequel l’exercice arbitraire du pouvoir doit ĂŞtre subordonnĂ© aux contraintes Ă©tablies et bien dĂ©finies que constituent les lois. Autrement dit, les juristes prĂ©servent, promeuvent et protègent tous les jours la primautĂ© du droit dans nos sociĂ©tĂ©s.

J’aimerais maintenant aborder la deuxième question que j’ai Ă©voquĂ©e, soit les possibilitĂ©s de carrière. La formation juridique fournit de nombreux outils pertinents. Elle façonne notre capacitĂ© en matière de pensĂ©e critique, d’organisation de pensĂ©es, et d’absorption et de traitement d’un large Ă©ventail d’informations dans le but d’en faire des arguments convaincants appuyĂ©s par des faits. Elle perfectionne notre capacitĂ© Ă  rechercher et Ă  Ă©crire. Elle raffine notre capacitĂ© Ă  nous exprimer de façon persuasive. Ces compĂ©tences se traduisent de manière opportune dans d’autres sphères.

Une Ă©ducation juridique Ă  laquelle s’ajoute une formation dans un domaine particulier ouvre des portes Ă  des carrières dans tous les secteurs, du commerce au journalisme en passant par la politique et le milieu universitaire, et plus encore. L’Ă©crivain John Grisham est un avocat, tout comme l’animateur de tĂ©lĂ©vision amĂ©ricain Geraldo Rivera. Le comĂ©dien britannique John Cleese a obtenu son diplĂ´me Ă  la facultĂ© de droit de Cambridge. Castro, Gandhi et Mandela Ă©taient tous des avocats qui ont fini par changer le monde qui les entourait, et le nĂ´tre. Les artistes Henri Matisse et Wassily Kandinsky ont tous deux suivi une formation en droit avant de dĂ©ployer leur gĂ©nie sur des toiles. La liste des avocats et avocates qui se sont illustrĂ©s dans d’autres domaines est longue, et celle de contributeurs positifs de nos sociĂ©tĂ©s qui sont moins connus est encore plus longue. Essentiellement, un diplĂ´me en droit peut vous mener n’importe oĂą.

L’initiative Avenirs en droit de l’Association du Barreau canadien a examinĂ© la façon dont la pratique du droit Ă©volue, alors que notre profession conservatrice et traditionnelle tente de suivre la cadence d’une nouvelle Ă©poque. Les rapports de cette initiative mentionnent que les cabinets d’avocats de l’avenir axĂ©s sur les clients crĂ©eront de nouveaux types d’emplois pour les gens qui obtiennent un diplĂ´me en droit. Ces postes seront notamment des ingĂ©nieurs cogniticiens, qui bâtiront des systèmes de conseils juridiques en ligne, des analystes de processus juridiques, qui dĂ©velopperont l’architecture de cabinets afin de subdiviser le travail juridique, des gestionnaires de systèmes de soutien juridique, qui mettront au point des outils et les proposeront Ă  leurs clients pour qu’ils s’occupent d’une partie du travail, et des gestionnaires de projets juridiques, qui intĂ©greront la discipline de la gestion de projets dans la pratique du droit. Seules notre imagination et les connaissances que nous avons de notre système juridique nous limitent dans notre utilisation des outils dont nous disposons pour penser de façon critique et pour communiquer efficacement. Par extension, les gens dĂ©tenant un diplĂ´me en droit qui peuvent mettre cette capacitĂ© d’analyse et de pensĂ©e critique en application seront toujours sollicitĂ©s dans plusieurs autres domaines.

Nous parlons beaucoup de l’avenir du droit et de l’innovation juridique en matière de technologies. Il existe une peur que l’intelligence artificielle nous vole nos emplois. Nous pouvons bien laisser les machines accomplir le travail rĂ©pĂ©titif, car elles le font mieux que nous, sans compter que ce travail est loin d’ĂŞtre inspirant. Les juristes seront toujours nĂ©cessaires pour analyser l’information trouvĂ©e par le biais de la recherche, pour dĂ©velopper des arguments et pour amener le droit Ă  rĂ©pondre aux besoins en constante Ă©volution de nos sociĂ©tĂ©s d’une manière qui prĂ©serve, protège et favorise la primautĂ© du droit.

Merci encore, madame la prĂ©sidente, de m’avoir invitĂ© Ă  faire une allocution Ă  l’occasion de la rentrĂ©e judiciaire de 2019. J’espère avoir l’occasion d’Ă©couter toutes les prĂ©sentations.

Merci.