Lancer un nouveau cabinet : Les dix principales erreurs à éviter et les dix meilleurs conseils pour réussir

  • 15 mars 2011
  • Edward Poll

Lancer un nouveau cabinet est tout Ă  fait distinct de l’exercice du droit. Cela confronte l’avocat ou l’avocate Ă  ce que j’appelle « The Business of Law® », l’entreprise du droit. En dĂ©pit de l’insistance constante de certains Ă  ce que le droit demeure une profession et non une entreprise, je crois que la pratique du droit est fondamentalement une entreprise, celle qui consiste Ă  offrir des services juridiques Ă  des personnes et Ă  des organisations. Et les avocats et avocates, qui ne reçoivent aucune formation commerciale au cours de leurs Ă©tudes de droit, sont notoirement de mĂ©diocres gestionnaires.

Des entreprises Ă©chouent parce que leurs propriĂ©taires nĂ©gligent de consacrer leur Ă©nergie Ă  l’aspect commercial; la plupart des propriĂ©taires d’entreprises sont des techniciens et techniciennes, et non des entrepreneurs, selon Michael E. Gerber, auteur Ă  succès de The E-Myth Revisited. Le droit est une entreprise autant qu’une profession. Pour rĂ©ussir, les avocats doivent agir comme des entrepreneurs. Mais Gerber a peut-ĂŞtre raison Ă  propos des avocats. Ils ont tendance Ă  ĂŞtre des techniciens qui veulent faire ce qu’ils aiment faire, qu’il s’agisse de nĂ©gocier, de rĂ©diger un contrat, de plaider ou d’autres tâches. Ils ne veulent pas diriger une entreprise et ils ne veulent tout particulièrement pas se lancer dans la planification d’entreprise. Quand votre entreprise est un cabinet d’avocats, vous courez sans conteste au dĂ©sastre.

Planifier l’Ă©chec et les 10 principales erreurs

Le lĂ©gendaire entraĂ®neur de l’Ă©quipe de basketball de l’UCLA, John Wooden, a dit un jour : « NĂ©gliger de planifier, c’est planifier l’Ă©chec. » Chaque compagnie de la liste Fortune 500 s’est dotĂ©e d’un plan d’entreprise dĂ©taillĂ©. Pourtant, on estime que moins de la moitiĂ© des compagnies de la liste « Inc. 500 » en possèdent un – et ce sont les petites entreprises les plus prospères et qui croissent le plus vite au pays. L’ouragan Katrina encore en mĂ©moire, songez que le Department of Labor des États-Unis affirme que la plupart des compagnies qui connaissent un dĂ©sastre important sont retirĂ©es des affaires cinq ans plus tard; seulement 25 p. 100 de ces compagnies ont un plan en cas de catastrophe.

En d’autres mots, les 10 plus grosses erreurs que commettent la plupart des avocats en lançant un nouveau cabinet sont inĂ©vitablement liĂ©es Ă  l’absence de planification. Cette nĂ©gligence entraĂ®ne une foule d’erreurs tĂ©moignant d’un manque de vision. Cette liste provisoire met en lumière 10 fautes frĂ©quentes.

1. NĂ©gliger d’Ă©tablir un calendrier.

L’ouverture d’un nouveau cabinet est un processus si complexe que vous devriez, idĂ©alement, prĂ©voir de six mois Ă  un an pour accomplir les nombreuses tâches en cause. Les avocats habituĂ©s Ă  se dĂ©pĂŞcher pour respecter un dĂ©lai pour dĂ©pĂ´t de dossier au tribunal Ă  17h ont tendance Ă  tenir pour acquis les efforts de dernière minute. Ne faites pas la mĂŞme erreur en lançant votre nouveau cabinet.

2. Négliger de négocier efficacement la location de vos bureaux.

Quand vous cherchez un emplacement pour votre cabinet, concentrez-vous sur trois facteurs : ce que vous pouvez vous permettre, de quelle sorte de locaux vous avez besoin et ce Ă  quoi vous vous engagez avant de signer le bail. Les conditions du bail, le loyer, les amĂ©liorations nĂ©cessaires avant d’occuper les lieux – tout cela peut et devrait ĂŞtre nĂ©gociĂ©.

3. Négliger de prendre contact avec des fournisseurs de services clés.

Il s’agit de votre cabinet, mais vous ne vous rendez peut-ĂŞtre pas compte du nombre de personnes que cela touche et de celles qui ont besoin d’ĂŞtre informĂ©es de la crĂ©ation de votre nouveau cabinet. La liste comporte les institutions financières et les sociĂ©tĂ©s d’assurance, les associations d’avocats et les tribunaux, les fournisseurs, les services publics, les mĂ©dias d’information et le service postal. Oublier n’importe lequel d’entre eux peut ĂŞtre source de graves problèmes.

4. NĂ©gliger d’avertir les clients.

Si vous mettez sur pied un cabinet Ă  partir de rien, votre prioritĂ© doit ĂŞtre de vous bâtir une clientèle. Mais si vous avez dĂ©jĂ  une clientèle Ă©tablie, assurez-vous quelle sait ce que vous faites et qu’elle peut vous joindre en tout temps. Informez vos clients en dĂ©tail de vos horaires, fournissez-leur tous les renseignements sur la façon de vous joindre et le trajet jusqu’Ă  vos locaux et donnez-leur votre numĂ©ro de cellulaire ou tout autre numĂ©ro oĂą vous joindre en cas d’urgence.

5. Négliger de faire de la publicité.

Ne croyez pas qu’avoir recours Ă  la publicitĂ© est dĂ©gradant. Envoyez un communiquĂ© de presse aux mĂ©dias d’affaires et juridiques locaux. Songez Ă  organiser une journĂ©e portes ouvertes dans vos nouveaux locaux. Si vous avez un blogue, annoncez au monde entier l’ouverture de votre nouveau cabinet. Un exemple classique est celui d’Ernest Svensen, avocat plaidant d’un important cabinet, qui s’est servi de son blogue ErnieTheAttorney, qui jouit d’un large auditoire, pour annoncer qu’il faisait dĂ©sormais cavalier seul depuis le dĂ©but 2006.

6. NĂ©gliger d’Ă©tablir un budget.

La mise sur pied matĂ©rielle de votre cabinet entraĂ®ne des coĂ»ts. Vous devriez Ă©tablir un budget par poste pour tout ce qu’il vous faut acheter ou dĂ©mĂ©nager : la dĂ©coration, le dĂ©mĂ©nagement, les tĂ©lĂ©phones, les ordinateurs, le mobilier de bureau, les fournitures, etc.

7. NĂ©gliger de planifier l’agencement de votre espace de bureau.

En cette ère oĂą le numĂ©rique prĂ©domine, on manque toujours de prises pour les ordinateurs et les tĂ©lĂ©phones. Pour vous Ă©viter des dĂ©penses inutiles plus tard, assurez-vous de dĂ©terminer l’emplacement approximatif des bureaux, ordinateurs et tĂ©lĂ©phones actuels et futurs.

8. NĂ©gliger d’Ă©tablir des relations avec une banque.

Lors du dĂ©marrage de votre cabinet, les fonds dont vous aurez besoin pour le personnel, l’Ă©quipement, les dĂ©penses d’exploitation ou pour tout autre motif seront de beaucoup supĂ©rieurs Ă  ceux que vous serez en mesure de gĂ©nĂ©rer. Vous aurez besoin d’un prĂŞt bancaire et Ă©tablir dès le dĂ©but une saine relation avec votre banquier est la meilleure façon de garantir qu’on vous l’accordera.

9. NĂ©gliger d’Ă©tablir des stratĂ©gies.

La plupart des avocats ne se rendent compte qu’ils sont dans le pĂ©trin que lorsque les fonds ne rentrent plus. Habituellement les racines du problème remontent Ă  plusieurs mois, voire plusieurs annĂ©es, et il est dĂ» Ă  l’absence de marketing, de comptes clients et de plans financiers.

10. NĂ©gliger d’acquĂ©rir une bonne connaissance du milieu des affaires.

Les avocats et avocates n’ont pas besoin d’ĂŞtre des comptables, mais trop d’entre eux ne comprennent pas les rudiments des budgets, des rentrĂ©es, des profits et des pertes. Tous les avocats devraient comprendre que la rentabilitĂ© dĂ©pend de leur capacitĂ© Ă  dĂ©crocher des contrats, Ă  faire le travail et Ă  se faire payer.

Les dix meilleurs conseils pour réussir

Tout ceci est très nĂ©gatif et je me refuse Ă  terminer une discussion sur une aventure telle que l’ouverture d’un nouveau cabinet sur une telle note. Je prĂ©fère de loin terminer avec le positif – 10 caractĂ©ristiques courantes qu’on retrouve dans les cabinets d’avocats florissants et que j’ai constamment observĂ©es pendant ma longue carrière d’avocat, de mentor, de cadre et d’expert-conseil. Dans ces cabinets, les avocats :

  1. Ont Ă©tabli un plan d’affaires exhaustif.
  2. N’oublient jamais que leur prioritĂ©, c’est le client. Sans client, l’avocat n’a pas de raison d’ĂŞtre.
  3. Vendent des solutions (offrent de la valeur) aux clients et non pas du temps exprimé en heures facturables.
  4. Commencent chaque affaire par une lettre-contrat – une entente Ă©crite dĂ©crivant l’Ă©tendue des attributions et les responsabilitĂ©s de chacune des parties, y compris la responsabilitĂ© du client de payer.
  5. Préparent des budgets pour chaque affaire : tâches, événements, calendrier et ressources qui seront utilisés au bénéfice du client ou de la cliente. Ce processus nécessite une analyse et la signature préliminaires du client.
  6. Comprennent que les cas qu’ils traitent ne constituent pas des « heures facturables », mais l’argent que ces heures reprĂ©sentent, et ils mettent l’accent sur la perception des comptes dĂ©biteurs et sur des taux Ă©levĂ©s de rĂ©alisation.
  7. Gèrent efficacement les rentrées de fonds en les déposant à la banque le plus rapidement possible.
  8. Sont conscients que la technologie – les courriels, les blogues, les cellulaires et la messagerie tĂ©lĂ©phonique – ne peut pas remplacer les relations personnelles, l’intĂ©gritĂ© personnelle et les rapports avec les clients et clientes.
  9. Travaillent avec un conseiller, une conseillère ou un mentor pour rĂ©ussir plus rapidement en affaires et dans l’exercice de leur profession.
  10. Ont instaurĂ© un plan en cas de catastrophe et le maintiennent Ă  jour. La survie et la succession d’une entreprise ne peuvent ĂŞtre laissĂ©es au hasard.

ConsidĂ©rĂ©s dans leur ensemble, ces erreurs et ces conseils vĂ©hiculent le mĂŞme message. Pour assurer la rĂ©ussite de votre nouveau cabinet, considĂ©rez votre travail comme une entreprise tout autant que comme une profession et utilisez cette perspective d’affaires pour offrir Ă  vos clients des services Ă  valeur ajoutĂ©e. Agir ainsi assurera l’avenir Ă  long terme de votre nouveau cabinet.

© Edward Poll, 2006. Tous droits rĂ©servĂ©s. Edward Poll est un expert-conseil en gestion de cabinet d’avocats, un mentor et un auteur reconnu au pays. Il a exercĂ© le droit pendant 25 ans, a conseillĂ© des avocats, des avocates, et Ă©tĂ© expert-conseil auprès de cabinets d’avocats pendant les 15 dernières annĂ©es dans le domaine de la planification stratĂ©gique, de l’analyse de la rentabilitĂ© et de la recherche de clientèle. Le dernier ouvrage d’Ed s’intitule Selling Your Practice: The Profitable Exit Strategy. Visitez Law Biz, le site Web d’Ed et son blogue. Vous pouvez communiquer avec Ed par courriel ou par tĂ©lĂ©phone (800-837-5880). Cet article a Ă©tĂ© publiĂ© pour la première fois dans la ressource en ligne TechnoLawyer Archive. Les membres de l’ABC peuvent recevoir un abonnement gratuit d’un an Ă  TechnoLawyer Ă  http://www.technolawyer.com/cba.asp.