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Les revues de droit s’adaptent à l’arrivée de l’ère digitale

Par Ava Chisling

Les revues de droit les plus prestigieuses du Canada sont publiées depuis des décennies, et ont continué de paraître pendant les guerres, les dépressions et autres périodes tumultueuses. Mais elles n’avaient jamais rien vu de semblable à Internet.

Aujourd’hui, leur modèle traditionnel axé sur l’impression et la mise à la poste est remis en cause, et elles sont confrontées à une concurrence en plein essor de fournisseurs de contenu en ligne qui peuvent vérifier les articles, les réviser, les soumettre à l’examen par les pairs et les publier beaucoup plus vite que ce n’est possible dans le monde de l’imprimé. Les rédacteurs, éditeurs et blogueurs en ligne ne sont pas soumis aux contraintes de la longueur des textes ou des coûts de publication, et leurs auditoires peuvent lire un article dès qu’il est prêt et affiché en ligne.

Sept universités américaines dont Cornell, Duke et Stanford collaborent maintenant à la publication d’un magazine en ligne gratuit avec un contenu juridique spécialisé de grande qualité. Comment les revues de droit canadiennes réagiront-elles?

Seo Yun Yang est rédactrice en chef du McGill Law Journal. « Nous avons une politique de libre accès, dit-elle. Des versions PDF des articles sont affichées peu après que le Journal est publié. » Mais comme le contenu en ligne est publié tellement plus vite et à moindre coût, l’édition papier vaut-elle encore le temps, les efforts et les coûts nécessaires? « Les revues de droit sont ancrées dans la culture du milieu universitaire, dit Mme Yang. Tout contenu qui pourrait être affiché plus rapidement ne serait pas considéré comme de la doctrine juridique. »

Beth Bilson est professeure de droit à l’Université de la Saskatchewan et rédactrice de La Revue du Barreau canadien. La publication a été lancée en 1923 et est maintenant publiée entièrement en ligne. Des copies papier sont envoyées aux abonnés sur demande. Les membres de l’Association du Barreau canadien reçoivent d’office La Revue du Barreau canadien. Les membres du public doivent payer pour obtenir l’accès aux articles courants ou passés de La Revue.

« Tous les éditeurs en ligne connaissent la pression pour éliminer tous les obstacles à l’accès, dit Mme Bilson. Mais le problème est de savoir comment la publication sera financée. Mettre tout en ligne a été une entreprise coûteuse, et c’est en partie pourquoi l’ABC a refusé d’élargir encore l’accès. Nous avons eu des discussions au sujet de l’accès, mais jusqu’à présent, les arguments n’ont pas convaincu et La Revue reste réservée aux membres. »

Mme Yang convient de la nécessité de l’accès, mais ne voit pas d’avantages notables à la voie du tout numérique. « Même si nous décidions de publier uniquement en ligne, nous devrions encore réunir des articles et les publier dans des recueils périodiques plutôt qu’individuellement, dit-elle. Le milieu de la doctrine juridique ne pourra jamais publier un article par jour. Cela n’arrivera jamais. Il n’y aurait aucun moyen de gérer ou de réviser le contenu de façon à publier quelque chose à une telle fréquence. »

« L’imprimé sera seulement désuet lorsque les avocats, les étudiants et leurs chefs de file abandonneront le format papier, ajoute Mme Yang. Mais pour bien des gens, les vieilles habitudes sont tenaces. Nous avons des lecteurs de tous les âges et ayant une grande variété d’antécédents. S’ils sont habitués aux imprimés, ils ne vont pas automatiquement se mettre à lire des blogues en ligne. »

Mais Mme Bilson perçoit qu’un changement se prépare : « Je crois que nous verrons d’autres nouveautés, comme le blogue d’Osgoode Hall [« The Court » (www.thecourt.ca)] où vous pouvez rapidement obtenir des commentaires d’éminents universitaires sur des questions d’actualité. Il y a des gens qui sont plongés dans les débats et qui peuvent réagir intelligemment dans un délai relativement court. Mais ces mêmes personnes prennent aussi le temps d’écrire des textes de réflexion qui seront publiés dans des revues traditionnelles neuf mois plus tard. Il y aura toujours de la place pour les deux. »

Ava Chisling est une éditrice et rédactrice de longue date, et une avocate spécialiste des médias qui exerce en pratique privée à Montréal.

 

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