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Sitôt diplômé, sitôt en affaires

Pour bon nombre de jeunes juristes, lancer son propre cabinet à la sortie du Barreau est parfois la meilleure option.

Pour les jeunes fraîchement diplômés du Barreau, le marché de l’emploi n’est plus ce qu’il était. Les cabinets embauchent moins, payent moins, et donnent moins d’ouvrage une fois sur place. Dans ces conditions, pourquoi ne pas partir directement en affaires en fondant son propre cabinet à la sortie de l’école ? Certains l’ont fait avec succès.Mais le parcours sera difficile avant d’obtenir un beau grand bureau avec de confortables fauteuils en cuir...

Marcia Vieira et Chantal Beauchesne ont fondé le cabinet Beauchesne Vieira après s’être rencontrées au service de recherche de la Cour supérieure du Québec. À 27 et 32 ans respectivement, sans avoir jamais exercé en pratique privée, elles se sont lancées dans l’aventure tête baissée, avec pour seules richesses leurs économies personnelles, une marge de crédit, et quelques bons amis pour les conseiller.

Un an plus tard, leur cabinet de la rue Cherrier, tout près du Parc Lafontaine à Montréal, a atteint un roulement de clientèle suffisant pour leur verser un salaire « presque équivalent » à celui des juniors qui travaillent dans les grands cabinets.

« Nous travaillons autant qu’eux, sinon plus, mais c’est pour bâtir quelque chose qui nous appartient », explique fièrement Marcia Vieira, qui a usé de courage pour traverser les six premiers mois de son cabinet en montant sa clientèle pas à pas.

« Ça a pris un an pour ressentir les bienfaits de nos efforts. Nous avons douté bien des fois de notre projet, et nous avons dû attendre longtemps avant de recevoir nos premiers chèques car nous travaillons surtout avec l’aide juridique qui ne paye qu’une fois les mandats terminés. Mais une fois que le bouche-à-oreille s’est enclenché pour nous amener de nouveaux clients, c’est devenu très valorisant », explique Me Vieira, qui se spécialise en droit de la famille.

Aidées par le Barreau du Québec, qui leur a amené certains clients par son service de référence et les a conseillées via son service d’aide au démarrage, les deux jeunes associées ont pu monter une affaire qui correspond à leur « vision du droit » : une pratique à l’écoute des clients, où l’on prend le temps de suivre les dossiers avec patience et attention.

L’instinct d’entrepreneur

Le démarrage en solo, Andrew Fortis l’a réussi avec succès. Cet avocat de 36 ans, diplômé du barreau de New York avec une équivalence ontarienne, a travaillé deux ans chez KPMG et Steinberg Morton Frymer avant de fonder son cabinet en 2004, spécialisé dans le droit immobilier.

« J’étais profitable après un an », affirme Me Fortis, qui supervise aujourd’hui deux avocats et cinq employés. « Pourtant je n’ai commencé qu’avec une poignée de clients, un prêt de 35 000$ et une marge de crédit de 40000$. J’ai dépensé 15000$ pour démarrer. Mais j’ai eu la chance de profiter d’un formidable bouche-à-oreille, qui m’a apporté 99 % de mes clients, bien plus que n’importe quelle publicité dans les pages jaunes. »

« Pour y parvenir, j’ai participé à toutes sortes de regroupements et d’événements dans ma communauté, pour qu’on me connaisse en tant qu’avocat. Ensuite, j’ai donné le meilleur de moi-même, parce que quand on fait un bon travail, ça se sait vite. Mais surtout, j’ai réduit mes dépenses au minimum, aidé par les loyers peu élevés de Richmond Hill où se trouve mon cabinet. »

« Quand j’ai commencé, j’avais une petite maison et aucun enfant, alors c’était le moment où jamais de me lancer. J’en ai parlé à ma femme, car nous savions que ça voulait dire qu’on ne se verrait plus autant qu’avant. Elle-même travaille beaucoup en tant qu’hygiéniste dentaire, alors elle comprenait la nécessité du sacrifice. Elle m’a soutenu tout au long de l’aventure avec beaucoup de compréhension. »

« Après trois ans, mon problème n’était plus de trouver des clients, mais du temps libre pour moi. Je travaillais de 7h à 22h30, dont beaucoup d’heures passées à l’administration, la facturation, les logiciels, etc. J’avais besoin de quelqu’un avec qui échanger des idées, et qui puisse me remplacer quand j’ai besoin de temps. J’ai alors pris un partenaire, et ça va beaucoup mieux. »

« Il est possible pour un jeune diplômé de lancer son cabinet, mais il faut être prêt à passer son temps dans l’organisation du bureau, l’ouverture et la fermeture de dossiers, la comptabilité et la fiscalité, etc. Il faut avoir un instinct d’entrepreneur, et s’investir énormément. Et il faut savoir tirer les leçons de chaque échec, car il y en aura », dit celui qui a agrandi son cabinet de 200 à 1500 pieds carrés en quatre ans.

Et les proverbiaux fauteuils de cuir dans tout ça ? « J’en ai trois à présent ; j’ai même mis leur photo sur mon site Web ! »

Une aide gratuite pour tous les diplômés

Chaque année, le service d’aide au démarrage de l’Inspection professionnelle du Barreau du Québec aide entre 30 et 60 nouveaux cabinets à organiser leur affaire selon les meilleures pratiques de gestion du droit. Ce service fournit aussi des études de marché, des visites de conseillers professionnels et de comptables, des modèles de plans d’affaires, des conseils en négociation avec les banques, le tout gratuitement. Mais la plupart des entrepreneurs qui en bénéficient ont déjà une expérience de pratique privée derrière eux.

« C’est rare qu’un jeune diplômé du barreau parte tout de suite en affaires, et nous ne recommandons pas ces initiatives », prévient Geneviève Lefebvre, responsable du service de démarrage.

« Ça revient à se diriger vers l’isolement aussitôt après l’école ; ce n’est pas bon pour les contacts. Mais c’est beaucoup moins dur s’ils s’y mettent à plusieurs. »

— Nicolas Ritoux. Cet article a paru d'abord dans le numéro de janvier/février 2010 du magazine National de l'ABC. 

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