Tout au long du rapport, nous comparons l’ABC à un prisme. En effet, c’est en ajustant sa composition, sa taille et sa position que les défis actuels, représentés par un kaléidoscope réfléchissant des rayons lumineux divergents et complémentaires, peuvent être canalisés vers des orientations maîtrisables, perceptibles et acceptables pour l’avenir.
Les moteurs du changement
Nous avons examiné un large spectre de tendances et d’influences relativement à l’avenir de l’ABC et de la profession juridique. Ce qui ressort de l’analyse réalisée est le morcellement de la culture professionnelle en une série de sous-groupes, non seulement en fonction de différences personnelles perceptibles (p. ex. le sexe, l’âge et l’origine ethnique), mais également à partir de facteurs tels que le champ de pratique, le type d’organisation ou de milieu de travail ou même l’emplacement. Trois influences démographiques semblent prédominer - l’influx d’un plus grand nombre de femmes se joignant à la profession, la diversité croissante de la profession ainsi que les différences intergénérationnelles en ce qui a trait aux attitudes et aux attentes. Réunies, ces tendances auront pour effet de mettre davantage l’accent sur les éléments suivants : le besoin d’un meilleur équilibre travail-famille, la reconnaissance des différences entre les sexes et des particularités culturelles et l’adaptation à celles-ci, le désir d’élargir la pratique et les options professionnelles, y compris l’inscription dans une perspective plus globale, le besoin d’être plus proactif auprès de la clientèle et l’importance d’améliorer l’image des avocats et des avocates et de la profession juridique.
La question de l’image - tant l’image que la profession a d’elle-même que l’image générale qu’elle dégage - est une question récurrente en raison de son incidence à la fois sur la confiance en soi et sur la viabilité d’une pratique juridique ou d’une carrière. Une image négative de la profession continuera d’éloigner les clients et clientes éventuels et d’encourager de nouvelles tendances, comme celle des clients qui choisissent de se défendre eux-mêmes et le recours grandissant à d’autres fournisseurs de services.
Plusieurs nouvelles tendances continueront de se dessiner dans le marché juridique, telles que - segmentation des services juridiques sous forme de produits et le dégroupage des services, l’évolution vers de nouveaux modèles de tarification, le recours à des processus de rechange (p. ex. le règlement extrajudiciaire des conflits), le besoin permanent de démontrer la valeur des services juridiques et l’ obligation constante de faire preuve de transparence et de rendre des comptes.

L’avocate Veronica Jackson présente son point de vue au sujet de l’avenir de la profession lors d’un débat animé par Tasha Kheiriddin.
Un des facteurs qui continuera d’avoir une incidence sur la profession est la technologie, aussi bien à titre de ressource, de partie intégrante du processus juridique que de domaine du droit à part entière. La technologie permettra aux avocats de mieux travailler à l’extérieur des locaux et assouplira les heures de travail et les marchés géographiques desservis. En même temps, la technologie favorisera une plus grande concurrence à l’échelle mondiale et elle augmentera la pression en vue de normaliser les activités de la profession.
La technologie et la commercialisation modifieront également les compétences exigée des avocats, et elles pourraient inciter les cabinets de petite et de moyenne taille à se regrouper en des cabinets de plus grande envergure. La tendance vers des pratiques multidisciplinaires continuera de permettre la prestation de services plus complets à une clientèle de plus en plus nombreuse et avertie.
De par leur nature, les systèmes judiciaire et juridique sont également des moteurs importants du changement et ils exercent leur influence de plusieurs manières, avec la possibilité toujours présente que la primauté du droit s’affaiblisse en raison de l’exercice par le gouvernement des pouvoirs vastes et arbitraires dont il jouit, des menaces posées à l’indépendance judiciaire et à la relation clientavocat et de la limitation de certains droits et libertés constitutionnels dans l’intérêt de la sécurité nationale.
Au nombre des autres influences, on compte les défis et les possibilités que présentent l’autonomie gouvernementale des Autochtones, les mécanismes non accusatoires tel que la justice axée sur la collaboration, les cadres juridiques fondés sur la religion et l’harmonisation des systèmes juridiques à l’échelle internationale. L’accès à l’aide juridique et à la justice demeure un enjeu important soulevant des questions controversées qui influeront sur l’avenir de la profession et le rôle de l’ABC.
Un dernier facteur est celui de la prolifération des organisations qui représentent des éléments de la profession. En l’absence d’une plus grande collaboration, il pourrait y avoir confusion parmi les décideurs et le public. De plus, il est possible que les avocats et les cabinets aient à choisir les organisations auxquelles ils souhaitent adhérer et la façon dont ils désirent être représentés par ces dernières.
Définir des rôles de valeur pour l’ABC
L’ABC devra réagir à chacune de ces influences en adaptant sa structure, ses programmes, ses services et ses processus de façon à ce que ses membres et la profession de droit dans son ensemble puissent pleinement en profiter.
Afin de définir des rôles de valeur pour l’ABC de sorte que celle-ci demeure pertinente et dynamique, nous avons posé une seule question :
Si l’on tient compte de ce que les avocats et les avocates, leur cabinet ou leur employeur ne peuvent pas facilement effectuer par eux-mêmes, que doit ou peut faire l’ABC à l’avenir afin d’être profitable et avantageuse pour ses membres et la profession juridique?
Nous sommes parvenus à la conclusion qu’il y a huit rôles existants et deux nouveaux qui serviront le mieux l’ABC et la profession juridique à l’avenir.
En ce qui a trait à ceux déjà existants, voici les rôles que nous jugeons importants :
I. Le pouvoir de l’Association et la protection de la profession – utiliser sa taille, sa diversité et sa force pour entreprendre des actions collectives, y compris la défense des intérêts, réaliser des économies d’échelle, effectuer des achats en gros, faire valoir l’image de la profession et en protéger les limites professionnelles et commerciales;
II. Services offerts aux membres – fournir un éventail de services, y compris la formation juridique permanente, des renseignements et des outils d’appui à la gestion, des conseils sur l’innovation, notamment la technologie, des services directs tels que les régimes d’assurance santé et voyage, entre autres;
III. La promotion de réseaux et de collaboration – fournir un point de rencontre pour les différentes « communautés » qui composent la profession grâce à des moyens officieux et officiels comme des réunions tenues chaque année et au milieu de l’hiver;
IV. La promotion de l’équité et le respect des différences dans la profession juridique – promouvoir la communication entre les membres et appuyer la « démocratisation » de la profession, y compris répondre aux besoins des minorités et tenir compte des opinions divergentes;
V. La contribution aux valeurs sociales et à l’intérêt public – représenter les points de vue de la profession juridique auprès des législateurs, des ordres judiciaires, des décideurs de haut niveau et des représentants et représentantes du gouvernement, et exercer notre influence dans le cadre d’affaires concernant des principes importants du droit;
VI. La recherche, l’innovation et la gestion des connaissances – mener des recherches, recueillir, gérer et distribuer des renseignements, appuyer des questions relatives à la défense des intérêts et participer à certaines parties de la législation;
VII. Les communications, le marketing et les relations externes – participation active avec les membres, les décideurs, les intervenants et d’autres groupes d’intérêt, et ce, au moyen d’une variété de techniques de communication et de mise en valeur;
VIII. L’éducation – favoriser l’apprentissage grâce à la formation juridique permanente élaborée et dispensée à l’échelle nationale et locale, et selon les domaines de pratique.
De plus, la préparation de ce rapport nous a permis de cerner deux autres rôles importants que l’ABC doit jouer :
IX. Le centre d’information et d’expertise sur la profession juridique – recueillir des données statistiques de base, mener des sondages, cerner et analyser des tendances, évaluer les répercussions de ces dernières et mettre sur pied une « mémoire corporative » de la profession;
X. La gestion des risques pour la profession et la planification de l’avenir – mener, de façon continue, des analyses de l’environnement et des tendances et réfléchir sur les perspectives d’avenir afin d’écarter tout risque majeur susceptible de nuire à l’ABC ou à la profession.
Recommandations pour l’avenir
Nous avons formulé 11 recommandations importantes en ce qui a trait aux orientations futures de l’ABC (consulter l’annexe A), qui comprennent 125 mesures particulières pouvant être mises en oeuvre afin de les appuyer. Nos recommandations s’articulent autour de quatre stratégies importantes :
I. création d’une force interne – accroître le nombre de membres de l’ABC; élaborer des programmes et des services de base destinés et offerts à des segments particuliers du groupe des membres; promouvoir l’équité et reconnaître la diversité parmi les membres en matière d’élaboration des politiques de l’ABC, de défense des intérêts, de programmation, de gestion, d’organisation, de communication et de mesures mises en oeuvre afin de recruter de nouveaux membres; construire une structure organisationnelle plus intégrée; aider les membres à atteindre la prospérité financière dans leur profession; mettre sur pied un centre d’expertise concernant la profession du droit;
II. création de liens pour renforcer le rayonnement et la visibilité – instaurer un meilleur dialogue ainsi qu’une relation étroite avec les membres et les autres intervenants, entreprendre un exercice de « mise en valeur » de l’image de l’ABC, créer une image distincte plus positive ainsi qu’un lien de confiance avec le public;
III. réalisation de nouveaux accords de collaboration – mettre sur pied des alliances et des partenariats ou étendre ceux qui existent;
IV. protection de la profession – mener des analyses environnementales, des évaluations du risque et des analyses des perspectives d’avenir en ce qui a trait à l’ensemble des activités planifiées.
Les recommandations et les mesures suggérées dans ce rapport doivent être examinées dans le cadre d’un processus complet au moyen de consultations, de dialogues et d’interactions à l’échelle locale et nationale parmi les membres de l’ABC et ses groupes d’intervenants. Le Comité sur l’avenir de l’ABC est prêt à soutenir ce processus ainsi que la mise en oeuvre des recommandations les plus urgentes et facilement réalisables. De nouvelles structures opérationnelles et de gestion doivent être élaborées au sein de l’ABC en conformité avec ces orientations importantes pour l’avenir. De plus, les exigences de demain en matière de recrutement du personnel et des bénévoles devront refléter les compétences requises afin de mettre en oeuvre ces nouvelles orientations.
Nous lançons le défi aux membres de poursuivre la tradition de notre Association en prenant part à l’examen de nos idées, en exprimant leurs commentaires et en nous aidant à amorcer l’avenir avec une plus grande clarté et une vision partagée.